Rénovation éco-responsable d'une Néo-Bretonne : Moderniser sans trahir
Elles font partie intégrante du paysage du Morbihan. Solides, spacieuses et souvent dotées de jardins généreux, les maisons "néo-bretonnes" des années 70 possèdent un potentiel incroyable. Pourtant, elles souffrent d'une mauvaise réputation : énergivores, cloisonnées et parfois un peu austères.
En tant qu'architecte spécialisé dans l'éco-construction, je vois en elles une base parfaite pour une rénovation durable. Voici comment transformer une néo-bretonne en une maison contemporaine, saine et ultra-performante grâce aux matériaux naturels.
1. L'isolation par l'extérieur (ITE) : Le manteau naturel
La plupart des néo-bretonnes possèdent des murs en parpaings avec une simple lame d'air ou une isolation de l'époque totalement tassée (laine de verre en fond de doublage, polystyrène étanche).
Si le terrain le permet, pour gagner en confort sans perdre de surface habitable, l'Isolation Thermique par l'Extérieur (ITE) est la solution reine.
Pourquoi choisir la fibre de bois ou le liège ?
Plutôt que le polystyrène, je privilégie la fibre de bois haute densité ou le liège expansé. Ces matériaux offrent un déphasage thermique et une inertie bien supérieur : ils bloquent la chaleur en été (sous les ardoises, ça chauffe vite !) et gardent les murs chauds en hiver, finis avec un enduit à la chaux, ils laissent respirer la structure et permettent à l'humidité de s'évacuer. C'est la solution à privilégier lorsque les façades existantes ne présentent pas un intérêt architectural particulier et que la configuration du terrain le permet (mitoyenneté, constructions en limite etc.).
Attention, ce type d'isolation est à privilégier pour un usage en résidence principale car la maison monte (et descend) plus lentement en température. Ce n'est donc pas l'idéal lorsque l'on vient passer un week-end en hiver Si vous avez un projet de résidence secondaire il faudra plutôt privilégié une isolation par l'intérieure, qui présente moins d'inertie mais permet une montée rapide en température du logement.
2. Ouvrir les volumes et dompter la lumière
Le plan classique de la néo-bretonne est souvent très découpé : un couloir central, une petite cuisine fermée et un séjour un peu sombre. La magie opère quand on fait tomber les cloisons.
L'abattage de porteurs et les matériaux biosourcés
En ouvrant l'espace, nous créons des traversées de lumière. Pour compenser la perte d'inertie des cloisons supprimées, nous pouvons intégrer des cloisons sèches en plaques de gypse et cellulose ou même des murets en briques de terre crue à proximité de votre poêle à bois. Ces "masses thermiques" naturelles lisseront la température de votre pièce de vie et régulent l'hygrothermie de votre habitation. Ils ont une capacité de rétention d'eau lorsque l'air est chargé en humidité (en hiver) ou de restitution d'eau en été lorsque l'air est trop sec. Cette particularité améliore le confort thermique de votre habitat.
3. Adieu le "tout béton", bonjour les enduits naturels
Les finitions intérieures des années 70 (plâtre projeté, papiers peints épais, matériaux plastique) ne sont pas toujours saines. Une rénovation éco-responsable est l'occasion de purifier votre air intérieur et limiter les COV.
Enduits terre et chaux sur parpaing : C'est possible !
Contrairement aux idées reçues, les enduits à la terre ou à la chaux s'adaptent très bien sur les supports modernes après une préparation adéquate. Ils apportent une texture douce et organique qui casse le côté rigide de la néo-bretonne, tout en régulant l'humidité intérieure de manière optimale.
4. Valoriser les codes architecturaux : Le Granit et l'Ardoise
Rénover, ce n'est pas tout gommer. L'idée est de conserver l'ADN breton en le modernisant.
A noté que dans notre belle région, les projets sont souvent soumis à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France (proximité monument historique, secteurs protégés etc.).
Même si la néo-bretonne est récente, toutes les modifications et ajouts peuvent faire l'objet de prescriptions architecturales (couleurs d'enduit à respecter, formes de toiture, matériaux de bardage etc.)
Les encadrements en granit : Plutôt que de les peindre, nous les mettons en valeur par des menuiseries fines en aluminium brossé ou en bois huilé.
L'ardoise : Si la toiture doit être refaite, nous privilégions l'ardoise naturelle de qualité posée au crochet inox (ou au clou pour les puristes), permettant l'intégration discrète de panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques.
Conclusion : Une seconde vie pour le patrimoine morbihannais
La néo-bretonne est la maison de demain. C'est un patrimoine avec lequel il faut composer, rénover c'est éviter l'étalement urbain et l'artificialisation des sols au détriment de nos paysages.
Avec une approche d'architecte tournée vers l'éco-construction, elle devient une demeure d'exception : sobre en énergie, saine à vivre et résolument moderne.


Ci-dessus, un projet de rénovation en cours d'étude d'une néo-bretonne à côté de Vannes. Une extension en ossature bois avec un bardage vertical en bois brûlé est prévue sur la façade sud. La pièce de vie se trouve dans l'extension et profite d'une double orientation sud et ouest sur le jardin paysagé.
Des brise-soleil à lames orientables, dont les coffres sont cachés derrière le bardage, permettent de se protéger du soleil en cas de forte chaleur estivale.